Modeste Kameni

Modeste Kameni était étudiant à Paris depuis 1999. Entouré d’une escorte de sept policiers, il a été expulsé le 21 juin 2007. Dans sa précipitation, l’État français lui a attribué une identité qui n’était pas la sienne et a préféré se débarrasser de lui plutôt que de reconnaître son erreur.

Modeste Kameni est camerounais. Il a deux frères aînés, français l’un et l’autre. Il est arrivé à Paris en 1999 avec un visa « étudiant ». En 2007, il a obtenu son diplôme de master 1 et devait préparer un master 2, dans une école d’ingénieur, l’année suivante.

Pourtant, une infraction commise en 2003 avec un ami, un certain Alain N., et qui lui vaut alors une condamnation pour fraude à la carte bancaire, entraînera, quelques années plus tard, un véritable cauchemar.

En novembre 2006, Modeste demande le renouvellement de son titre de séjour. Il l’obtient, mais oublie de retirer sa carte. Le 6 juin 2007, à Clichy, alors qu’il conduit la voiture de son frère Nicolas en compagnie de celui-ci, la police l’arrête pour un contrôle d’identité. Les deux frères présentent leurs documents. Mais, les policiers sont persuadés que la carte d’identité de Nicolas, tout comme le permis de conduire de Modeste, sont des faux. Ils sont tous deux menottés et conduits au poste.

Nicolas récupèrera sa carte d’identité et sera libéré deux heures plus tard. Modeste, en revanche, va devenir le protagoniste d’une absurde et tragique histoire. Les policiers sont, en effet, convaincus qu’il utilise un nom d’emprunt et qu’il est en réalité Alain N., un Camerounais sans papiers depuis novembre 2004.

Tout va alors très vite. Un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière (APRF) est délivré par le préfet des Hauts-de-Seine au nom de « Modeste Kameni alias Alain N. ».

Modeste essaie de se faire entendre. Rien n’y fait. Le juge des libertés et de la détention place « Modeste Kameni alias Alain N. » en rétention. Le recours de « Modeste Kameni alias Alain N. » est enregistré. Le tribunal administratif valide pourtant l’APRF, cette fois-ci au nom de Modeste Kameni. Par un jeu de passe-passe absurde entre son nom et celui de son ancien ami, Modeste se retrouve ainsi désigné pour l’expulsion.

La préfecture refuse par ailleurs d’entendre que Modeste est étudiant, en dépit des documents fournis par sa famille - carte d’étudiant, relevés de notes, courrier du président de l’université. Elle demande un certificat d’hébergement qui est également apporté, mais aucun élément ne semble pouvoir arrêter la procédure.

Le 19 juin, Modeste est conduit à l’aéroport. Il refuse d’embarquer. Les policiers renoncent à le mettre de force dans l’avion et le ramènent au centre de rétention de Plaisir, dans les Yvelines. Les militants qui le soutiennent — membres du Réseau université sans frontières de l’université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, de l’Union des étudiants communistes de l’établissement et du Mouvement des jeunes communistes des Yvelines — veulent y voir un signe d’espoir. À tort. Deux jours plus tard, un autre vol vers le Cameroun emmènera Modeste. Comme si l’expulsion du jeune homme devait effacer le déni de justice qui l’a rendue possible.

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