Mohamed Haddaoui

« Ma femme et mes enfants sont en France, alors que moi je vis comme un clochard au Maroc. » Voilà comment Mohamed Haddaoui résume sa situation après avoir été expulsé par l’administration française, le 23 novembre 2007.

Lorsqu’il arrive en France, en janvier 1999, Mohamed Haddaoui est seul. Parce qu’il ne sait pas s’il réussira à s’y établir, sa femme, Rahma, et son fils demeurent provisoirement au Maroc, et viennent le voir quand ils peuvent.

Début 2000, après l’une de ces visites, Rahma appelle Mohamed et lui annonce qu’elle est enceinte : Meryem naîtra en août.Dès lors, Mohamed et Rahma décident qu’il leur faut réunir la famille. La France s’impose rapidement comme le lieu de cette réunion : les opportunités de travail pour Mohamed ne manquent pas. Il reste qu’un tel projet prend du temps. C’est seulement en 2005 que Rahma parvient à s’installer en France.

Les débuts sont difficiles, mais en 2006, le couple apprend l’existence de la circulaire Sarkozy et nourrit aussitôt l’espoir de stabiliser enfin la vie de leur famille — d’autant que Rahma est alors enceinte de cinq mois. Comme tant d’autres, ils vont déposer un dossier à la sous-préfecture d’Asnières. Toutefois, le 30 août, peu après la naissance de Sofia, Mohamed et Rahma apprennent que leur demande est refusée. Les recours qu’ils forment n’aboutissent pas davantage. Pis encore, le 24 novembre 2006, l’un et l’autre reçoivent des arrêtés de reconduite à la frontière.

En 2007, Mohamed sera interpellé trois fois. C’est la troisième, le 6 novembre 2007, qui le conduit au centre de rétention de Plaisir. Une procédure d’expulsion est immédiatement engagée. Y répond une importante mobilisation : pétition, intervention d’élus locaux, mobilisation de RESF et du Collectif de sans-papiers du 92, lettres de soutien… À tel point que le 14 novembre, la salle du tribunal administratif de Cergy-Pontoise est comble, et le juge se laisse aller à l’ironie : « Il ne manque plus que le soutien du préfet. » L’audience met en avant les nombreux arguments en faveur de Mohamed. Celui-ci est tellement confiant qu’il croit entendre qu’il est libéré quand le juge annonce qu’il met l’affaire en délibéré. Aussi tombe-t-il de haut quand, quelques jours plus tard, il apprend que sa mesure de reconduite à la frontière est confirmée.

Mohamed garde pourtant espoir, notamment parce que le temps joue en sa faveur. En effet, le 24 novembre 2007, la mesure d’éloignement qui le vise aura un an et sera périmée ; la préfecture devra alors le libérer. Mais, pour cette même raison, les services de la préfecture entendent mener la procédure avec diligence. En dépit d’une mobilisation qui s’amplifie, le 23 novembre au soir, Mohamed est expulsé.

Parce que les policiers savent qu’ils n’auront pas d’autre occasion, son expulsion est pour le moins musclée : à peine arrivé à l’aéroport de Roissy, il est couché à terre, puis menotté et bâillonné, placé dans un fourgon à côté de l’avion et enfin embarqué deux minutes avant le décollage — à 21h05 : moins de trois heures avant l’expiration de la mesure d’éloignement.

Lorsqu’il débarque à Casablanca, Mohamed n’a d’autre bagage que les vêtements qu’il porte sur le dos et un billet de 50 euros qu’il a réussi à conserver secrètement. Ce billet lui permet de prendre le train pour Oujda, où il compte retrouver un oncle de sa femme. Celui-ci l’accueille provisoirement, puis c’est le tour d’un beau-frère. Mohamed est ainsi hébergé à tour de rôle chez trois ou quatre membres de sa belle-famille. Mais, à la longue, cette solidarité s’épuise : la cohabitation prolongée génère des tensions. Mohamed a bien essayé de reprendre son ancien métier de chauffeur, mais il n’a pas les moyens de s’acheter une voiture. Après presque neuf ans d’absence, il est totalement marginalisé sur le marché du travail. Chaque jour qui passe le convainc un peu plus que sa vie est en France où la mobilisation continue pour obtenir son retour et la régularisation de sa femme.

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