Nissim E.

En 1978, alors qu’il a dix-huit ans, Nissim E. quitte Israël pour traverser l’Europe. Alors qu’il vient de rater un train, gare de Lyon à Paris, son regard est attiré par une jeune femme portant un pendentif sur lequel est inscrit son prénom en hébreu. Nissim la salue et les deux jeunes gens tombent bientôt amoureux l’un de l’autre. Pendant cinq ans, le couple multiplie les allers-retours entre la France et Israël. En 1983, ils se marient et s’installent en France. Nissim travaille afin de soutenir sa femme qui est étudiante en médecine. En 1985, ils ont un fils, puis deux filles, en 1988 et 1990. Cependant, après la naissance de leur troisième enfant, le couple ne s’entend plus et décide de divorcer.

« Ce divorce a été très douloureux », raconte Nissim. « Ma femme a eu la garde des enfants et la maison. Je gagnais beaucoup moins d’argent qu’elle et le juge a estimé que mon appartement n’était pas assez bien pour que j’y accueille les enfants. J’avais de plus en plus de mal à supporter cette situation. J’ai rencontré des gens qui m’ont proposé de gagner de l’argent facile et j’ai commis une énorme erreur. » En 1993, Nissim est condamné pour trafic de stupéfiants, et sa peine de prison de huit ans est accompagnée d’une interdiction définitive du territoire français. À cette double peine judiciaire, le préfet de l’Essonne ajoute un arrêté d’expulsion, mesure administrative d’éloignement. Ces deux mesures entraînent, dès sa libération de prison en 1999, une expulsion vers Israël. « La peine de prison était dure. J’ai perdu mon père en Israël pendant mon incarcération sans pouvoir me rendre à ses obsèques. Mais, après avoir purgé ma peine, j’ai été expulsé loin de mes enfants qui avaient alors neuf, onze et quatorze ans. C’était impossible de rester en Israël, loin d’eux. Je n’avais d’autre choix que de revenir clandestinement en France. »

De retour en France, Nissim est sans papiers, il entame alors des démarches pour régulariser sa situation. En 2003, le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, réforme le régime de la double peine pour les parents d’enfants français pouvant justifier de dix ans de présence régulière en France. Nissim demande le relèvement de l’interdiction définitive du territoire français dont il fait l’objet au tribunal de grande instance de Nevers. En 2006, il obtient une réponse favorable. Il demande également l’abrogation de l’arrêté d’expulsion, et la préfecture de Paris l’assigne à résidence par un arrêté du 31 octobre 2006, ce qui lui ouvre le droit de travailler en attendant la réponse.

L’administration ne respecte cependant pas le sens de la réforme de la double peine, et la demande d’abrogation est rejetée en juin 2007 : « Le procureur a estimé que ma demande d’abrogation était prématurée. Pourtant, je rentre dans les catégories concernées par la réforme. J’ai commis une grave erreur en 1993, mais j’ai purgé ma peine de prison et je me suis remis sur le droit chemin. Depuis que j’ai le droit de travailler, je fournis des fiches de paye à la préfecture. J’ai changé, je suis réinséré dans la société. J’ai presque cinquante ans, il y a déjà un moment que j’ai compris la leçon. »

Avec l’aide d’une avocate et le soutien de la Cimade, il prépare un recours auprès du tribunal administratif : « Entre-temps, l’assignation à résidence est comme une prison à ciel ouvert. Je suis bloqué. Je n’ai pas le droit de quitter Paris. Si je traverse le périf’, je risque d’être arrêté par la police. C’est invivable pour mes enfants. Je ne peux pas partir en voyage, ni avec eux, ni avec ma compagne, qui est française. Nous avons l’intention de nous marier. Je ne peux pas aller en voyage de noces. Si ce n’était pas pour elle et mes trois enfants, j’aurais laissé tombé et j’aurais quitté la France. Cette année, ça fait trente ans que je suis venu en France pour la première fois et vingt-cinq ans que je vis ici… »

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