Ophny Occean

Ophny Occean est né en Guadeloupe de parents haïtiens, il y a dix-neuf ans. Alors qu’il était encore très jeune, ses parents ont décidé de se séparer, et sa mère, qui a voulu rentrer en Haïti, l’a emmené avec elle. Ophny a vécu avec sa mère jusqu’à la mort de celle-ci, en 1997, alors qu’il n’avait que huit ans. Ce sont ses grands-parents qui ont ensuite pris en charge son éducation. Lorsqu’il avait treize ans, son père, toujours établi en Guadeloupe, a souhaité le faire revenir auprès de lui. Parce qu’il était résident depuis plus de dix ans, il aurait dû pouvoir faire entrer légalement son fils sur le territoire français. Cependant, conscient du fait que le regroupement familial, pourtant inscrit dans la loi, n’est, dans les faits, presque jamais autorisé en Guadeloupe, le père d’Ophny a préféré faire venir son fils clandestinement.

À son arrivée, Ophny, âgé alors de quatorze ans, est scolarisé dans un collège de Baie-Mahault, en classe de quatrième. Ses enseignants reconnaissent en lui un élève motivé. Pendant deux ans, il poursuit sa scolarité et, en 2006, est admis en BEP dans un lycée professionnel. Il se réoriente ensuite vers un cursus d’enseignement général et entre en seconde à la rentrée de 2008.

En 2007, Ophny entreprend des démarches afin de régulariser sa situation. Emmanuel Berthier, préfet de Guadeloupe, ancien préfet de Paris, rejette sa demande et, le 1er avril 2008, une obligation de quitter le territoire français (OQTF) lui est notifiée.

Ophny n’a plus de contact avec ses grands-parents, ni aucune autre attache en Haïti. Le pays se trouve dans une situation particulièrement chaotique et instable. Émeutes de la faim, pauvreté extrême, insécurité, instabilité politique et les effets dévastateurs de quatre cyclones successifs sont la réalité à laquelle est confrontée la population haïtienne. Dans ces conditions, il est difficile d’imaginer comment un jeune homme âgé de dix-neuf ans qui n’a aucun point de chute dans le pays pourrait y construire sa vie.

Ophny Occean a contacté la section locale de la Ligue des droits de l’homme (LDH) afin de déposer un recours contre l’arrêté de reconduite à la frontière dont il fait l’objet. Cette procédure, qui prend généralement entre un an et un an et demi, n’a pour le moment pas abouti. Or, en vertu de la loi d’exception qui s’applique en Guadeloupe, ce recours ne suspend pas l’OQTF : l’expulsion d’Ophny peut donc intervenir à tout moment. La LDH a écrit au préfet, ainsi qu’au recteur, afin de demander qu’aucune expulsion ne soit exécutée durant la période scolaire. Jusqu’à présent Ophny n’a pas été inquiété. Les autorités disposent cependant de ses coordonnées et peuvent décider de procéder à son expulsion à leur convenance.

Le cas d’Ophny Occean n’est pas isolé. D’autres jeunes gens font face à la même menace. Ainsi en va-t-il d’Onel Omelus, étudiant haïtien en Guadeloupe, menacé d’expulsion depuis janvier 2008 ; de cette jeune Haïtienne et de son fils de trois ans atteint de drépanocytose, arrêtés tous deux un matin à l’aube et embarqués de force dans un avion pour Haïti l’après-midi même ; de cette maman expulsée de Guadeloupe vers Haïti, et contrainte de laisser sa petite fille âgée de trois ans et demi avec son père ; de cette femme renvoyée en Haïti laissant son mari gravement malade ; ou encore de cet homme expulsé, laissant sans ressources son épouse et leurs deux jumeaux de quelques mois. La quasi-totalité des OQTF notifiées en Guadeloupe visent des ressortissants haïtiens. En 2007, près de 2 000 d’entre eux ont ainsi été expulsés de Guadeloupe. En mai 2008, la LDH a adressé au président de la République une lettre ouverte demandant un moratoire sur les expulsions vers Haïti.

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