Oumarou Dopsoumna

5 mars 2008, jour d’apaisement : la préfecture a reculé devant la pression populaire et médiatique, le comité de défense de l’hôpital de Belley (Ain) a gagné. Cet établissement de trois cents lits est assuré de garder son gastro-entérologue. Du moins pour un an… Le docteur Oumarou Dopsoumna a obtenu, après des mois de doutes, la régularisation de sa situation. Diplômé de l’université de Sfax en Tunisie, ce praticien âgé de trente-six ans, d’origine camerounaise, s’est installé, en 2004, dans cette petite ville de l’Ain afin d’obtenir sa spécialisation. Interne, mais sous le statut d’étudiant pendant deux ans, il ne signe son premier contrat professionnel qu’en 2006. « Ce qui rend difficile aujourd’hui l’obtention d’une carte de résident de dix ans puisque, sur mes deux premiers titres de séjour, il n’est pas mentionné que je travaillais », précise-t-il. C’était pourtant le cas dans les faits. Une subtilité propre au monde médical qui, face à l’administration, n’a pas joué en sa faveur. En octobre 2007, son titre de séjour expirant, le docteur fait, comme chaque année, une demande de renouvellement. En lieu et place d’une réponse positive, il ne reçoit pourtant qu’un récépissé de trois mois. « Dossier encore à l’étude », justifie la préfecture.

« En janvier, comme je n’avais toujours aucune nouvelle, je me suis rendu à la mairie pour leur signaler ma situation, mais ils n’en savaient pas davantage. » Entre-temps, le préfet a dépêché la direction départementale du travail qui constate de fait que M. Dopsoumna — comme d’ailleurs quatre de ses collègues de Belley, tous titulaires d’un diplôme étranger — se trouve en situation irrégulière. Le couperet ne tarde pas à tomber. Au début de l’année 2008, la direction de l’hôpital est sommée de suspendre immédiatement les cinq médecins de leurs fonctions. Elle forme alors un recours. Chose surprenante, bien que celui-ci soit à effet suspensif, il n’est pas pris en compte par l’administration.

Le gastro-entérologue est donc contraint au chômage technique, dans l’incapacité pure et simple d’exercer, bien que l’hôpital ait manifestement besoin de lui. Une situation « vécue avec un certain malaise » qu’il se remémore avec amertume, dans la mesure où, argue-t-il, la préfecture l’a mis « volontairement en situation irrégulière ». « Mon métier est éprouvant, exige beaucoup de sacrifices ; alors si, en plus, l’administration se comporte de cette manière ! Ils ont fait en sorte de me laisser dans l’incertitude et j’ai bien failli, à ce moment-là, baisser les bras, rentrer définitivement au Cameroun. »

Un départ « résigné » que refusent pourtant nombre d’habitants de Belley, du maire UMP de l’époque, qui prend symboliquement un arrêté interdisant une éventuelle expulsion, à l’ensemble des médecins de l’hôpital, qui se déclarent solidaires de leur confrère. Face à l’immobilisme de la préfecture, le comité de défense de l’hôpital de Belley se mobilise. À travers le cas de M. Dopsoumna, il alerte la population sur la difficulté de recruter des praticiens pour des établissements de cette taille. Manière explicite de souligner le rôle essentiel joué, ici comme ailleurs en France, par les médecins étrangers. Les manifestations et réunions publiques s’organisent, un communiqué de presse est rédigé regrettant que la décision de la préfecture mette « en péril le fonctionnement de l’hôpital et son avenir ». Une mobilisation massive qui « touche beaucoup » l’intéressé et lui redonne espoir. En outre, grâce à elle, les médias jettent leur dévolu sur l’affaire début mars. « Et là, d’un coup, la situation s’est débloquée, j’ai obtenu mon titre de séjour d’un an. » Une période de répit qu’il juge « courte » : « J’aurais préféré une carte de résident de dix ans, histoire d’avoir l’esprit tranquille. » Il en a récemment fait la demande, le dossier est toujours en attente.

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