Paul Wem

Camerounais, Paul Wem arrive en Belgique à l’âge de quatorze ans pour rejoindre des membres de sa famille. Il y demeurera plus de treize ans, mais n’obtiendra jamais de papiers. Au printemps 2005, Paul vient tenter sa chance en France. Il trouve du travail dans la restauration, partage la vie d’une jeune femme, française, avec qui il s’apprête à contracter un Pacs et, sur la base de ces éléments, espère obtenir sa régularisation. Toutefois, le 17 décembre 2007, un contrôle de police dans un centre commercial proche d’EuroDisney aura raison de cet espoir.

Paul est d’abord placé en garde à vue, puis emmené au centre de rétention du Mesnil-Amelot. Dans le centre, la révolte gronde contre les conditions de rétention insalubres et les brimades policières. Avec Abou N’Dianor et Benjamin Badikadila, Paul s’efforce d’organiser le mouvement en évitant le recours à la violence : un cahier de doléances est communiqué à la presse, les consulats des pays dont les retenus sont originaires sont exhortés à ne plus délivrer les laissez-passer indispensables à l’expulsion de leurs ressortissants. Enfin, Paul et ses compagnons décident d’entamer une grève de la faim jusqu’à leur libération.

La préfecture de Seine-et-Marne, qui veut casser le mouvement au plus tôt, précipite les procédures d’expulsion. Afin de se protéger, Paul a prétendu être né à Libreville. Le consulat du Gabon, pense-t-il, refusera de fournir un laissez-passer à quelqu’un dont rien n’indique qu’il est un ressortissant gabonais. Mais les autorités consulaires gabonaises ne s’arrêteront pas à ce détail : au mépris de la loi, le laissez-passer sera délivré sans que Paul soit présenté au consulat. Autre violation du droit — de l’article 122-4 alinéa 2 du Code pénal —, Paul Wem est expulsé le 4 janvier 2008, alors que le tribunal administratif de Melun n’a pas encore statué sur le recours contre son arrêté préfectoral de reconduite à la frontière.

Tiré de sa cellule du Mesnil-Amelot par 14 policiers, Paul est ligoté et bâillonné avant d’être placé dans l’avion. Le pilote du vol Air France refuse d’abord d’embarquer un passager récalcitrant, mais les policiers sauront le convaincre.

Une fois à Libreville, la nationalité camerounaise de Paul Wem va prolonger son cauchemar : l’administration gabonaise n’entend pas le laisser entrer sur son territoire, l’ambassade de France exerce les pressions nécessaires pour qu’il ne soit pas ramené à Paris et le Cameroun refuse de prendre son rapatriement en charge.

Pendant dix-sept jours, Paul sera retenu dans la zone d’attente de l’aéroport de Libreville : sans accès à une douche et sans autre nourriture que celle que lui offriront les familles de ses camarades d’infortune — des Maliens venus rejoindre leurs proches mais dépourvus de visa.

C’est finalement un citoyen camerounais résidant au Gabon qui, outré par la situation de Paul, lui offrira son billet d’avion pour Yaoundé. Paul Wem vit aujourd’hui chez sa mère, loin de sa compagne et sans permis de travail, dans un pays où, après dix-huit ans d’absence, il n’a plus aucun repère.

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