Qili Qu

Qili Qu

Le rêve de Qili Qu est de devenir cuisinier dans un restaurant de cuisine française. Inscrit au lycée professionnel en bac pro cuisine, il a déjà fait des stages chez de grands restaurateurs parisiens des XVIIe et VIIIe arrondissements de Paris. Stages prometteurs, puisque la chef du restaurant gastronomique La Fermette a écrit une lettre de soutien pour appuyer sa demande de régularisation.

Qili aurait aimé continuer dans ce domaine en faisant un BTS restauration. Mais, en tant que sans-papiers, il sait que l’administration risque de refuser son inscription pour poursuivre ses études. En outre, à vingt et un ans, il lui faut à la fois contribuer davantage à l’économie familiale et continuer à payer le prix de sa venue en France.

Qili a quinze ans lorsqu’il arrive à Paris pour rejoindre ses parents venus en 1999. Il se souvient de son arrivée après un périple de quarante jours en avion, autobus et bateau : le racket, la peur d’être agressé par ceux qui profitent de l’isolement des Chinois sans papiers, l’impossibilité de communiquer : « Quand on ne parle pas français on ne peut rien faire pour se défendre », explique-t-il.

Qili vient de la ville de Qidou, près de Wenzhou. Seuls ses grands-parents sont encore en Chine. Le reste de sa famille habite désormais en Europe. Il vit avec ses parents et sa soeur dans le IIe arrondissement de Paris. Son père fait des travaux dans les boutiques et sa mère « fait la couture ».

En rentrant de l’école, Qili travaille avec sa mère sur les machines à coudre pendant deux-trois heures le soir. Mais il ne se plaint pas. Il se considère chanceux d’être arrivé jeune, d’avoir appris le français, une nouvelle culture, et un métier. Ses parents auraient bien aimé apprendre le français aussi, mais ils travaillent tellement pour rembourser les dettes qu’ils n’en ont pas le temps.

Cela va faire dix ans que ses parents sont en France, et ils n’ont toujours pas de papiers. La famille ne compte plus les démarches entreprises avec des intermédiaires chinois ou des avocats qui promettent des solutions rapides, moyennant finance, mais dont les démarches n’aboutissent à rien.

Plus récemment, Qili a découvert RESF par l’école ; il a désormais un parrain qui l’appuie dans ses démarches. Lorsque Qili est devenu majeur, en juillet 2007, son parrain a déposé avec lui une nouvelle demande de régularisation. Après un rendez-vous plutôt positif à la préfecture, la réponse est tombée en septembre 2007 : OQTF.

Qili sait que, s’il parvient à avoir des papiers, il sera mieux payé et le travail sera moins dur. Sinon il lui faudra continuer à travailler au noir sans possibilité d’évolution. Mais il sait aussi que, s’il devait retourner en Chine, il perdrait son niveau d’études acquis en France. « Je devrais recommencer tout en bas de l’échelle. » Et continuer à payer la dette.

Pour l’heure, le jeune homme s’efforce de ne pas penser à cette obligation de quitter le territoire, qui flotte au dessus de sa tête comme une épée de Damoclès, et a bon espoir de réussir dans la vie. « Après tout, je porte le même nom que Jean-Claude Killy », plaisante-t-il.

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