Racine Touré

Racine Touré

Racine Touré est arrivé du Sénégal en 2000, comme beaucoup, pour des raisons économiques. Sa femme, Sophie, l’a rejoint quelque temps plus tard. Ils ont trois enfants : Maïmouna, neuf ans, Fatou, trois ans et Mody, neuf mois. Racine est cuisinier. Il n’a pas de papiers, donc pas d’autorisation de travailler. Pourtant, peu après son arrivée à Paris, il trouve une place dans un restaurant. En 2002, l’établissement ferme, un ami lui parle alors de Chez Papa qui cherche du personnel. Racine s’y présente et est tout de suite embauché. Cela fait maintenant six ans. Tout se passe bien, Racine reçoit un salaire correct et paye impôts et taxes, comme n’importe quel salarié français.

Mais faire le choix de demeurer en France, dans cette situation, pour accéder à un meilleur niveau de vie, n’est pas si simple : « Ce n’est pas facile de vivre dans ce pays sans papiers. On dit sans papiers, mais c’est sans vie aussi ! » Racine a tellement peur de se faire arrêter qu’il ne sort jamais de son appartement en Seine-Saint-Denis, sauf pour aller travailler. « Ma vie, ce n’est que ça : boulot-maison, maison-boulot. Déjà de venir au boulot, c’est risqué. Il ne faut pas chercher d’ennuis. Moi, quand je ne travaille pas, je préfère rester à la maison, je me mets devant la télé, je suis tranquille avec ma famille près de moi. »

Au restaurant, les choses se gâtent pour Racine et ses collègues à partir du 1er juillet 2007 et du nouveau décret qui oblige les patrons à vérifier, auprès de la préfecture, les papiers de leurs employés. Le patron de Chez Papa se soumet à cette loi et constate les irrégularités. Il licencie d’abord un de ses salariés sans papiers. Puis deux. Puis trois. C’est le point de départ de l’engagement de Racine : « On avait entendu parler à la télé des cuisiniers de la Grande Armée et de Buffalo Grill qui avaient été régularisés grâce à la CGT, alors on est allé les voir. »

Le mouvement a été préparé avec le syndicat près de trois mois avant le début de la grève. Pour les salariés, les risques sont grands : parmi les grévistes de Buffalo Grill, seulement 20 sur 50 ont été régularisés, la plupart des autres ont été expulsés. Pour Racine, la décision est pourtant vite prise : « C’est risqué de se lancer dans cette bataille, mais la préfecture me connaît déjà. J’ai déposé un premier dossier pour obtenir un titre de séjour en 2005, il a été rejeté, le recours également. Puis j’ai reçu une obligation de quitter le territoire. J’ai fait appel grâce à l’aide juridictionnelle, aujourd’hui c’est toujours en instance. Je me suis dit, comme par cette voie c’est raté, autant tenter par ici. Il faut toujours chercher une solution, même si les risques existent. »

Au début de l’occupation du restaurant, le patron de Chez Papa, surpris, manifeste son mécontentement : « Il a piqué des crises, on ne s’est pas adressés la parole pendant trois jours. Mais c’est normal, parce que nous nous étions lancés dans le mouvement avec les gens de la CGT, alors c’est eux qu’on écoutait. Le premier soir, on est même restés sans lumière ici, il avait tout éteint. » Mais, rapidement, les relations s’apaisent et Bruno Druilhe, patron de Chez Papa, soutient ses salariés.

Les soutiens affluent d’ailleurs de toutes parts, Racine en est agréablement surpris : « Les gens sont très sympas, ils viennent nous voir, ils discutent, ils sont solidaires. » Rémi Féraud, le maire du Xe arrondissement de Paris, où se situe le restaurant occupé par les salariés, est également venu soutenir les grévistes et leur apporter des couvertures.

Sur les 36 cuisiniers, une trentaine dort chaque nuit dans le restaurant. Chaque soir, cinq hommes, mariés et pères de famille, rentrent chez eux, à tour de rôle, pour retrouver leur famille. « Et ça nous permet aussi de prendre un bon repas et surtout une douche ! Parce que c’est dur cette grève, c’est vraiment dur. » Mais Racine est déterminé à aller jusqu’au bout : « La régularisation changerait tout pour nous. vous imaginez, ça nous permettrait de commencer une nouvelle vie ! »

Le risque qu’a pris Racine Touré en se mettant en grève a effectivement été payant. Il a obtenu, comme tous les autres salariés de Chez Papa, le titre de séjour espéré.

Récit précédent
Récit suivant
 
Contact
Nous contacter
Lettre d'informations
recevez par mail l'actualité de Cette France-là. S'inscrire.