Ren Yu

Ren Yu

Charles Perrault et Jean de La Fontaine furent les premiers Français qu’apprit à connaître Ren Yu, jeune Chinoise du Sichuan, à travers les livres ramenés par son père à la maison. Plus tard, Le Petit Prince, Pantagruel et Le Comte de Monte-Cristo viennent habiter son adolescence. Elle se met alors à écrire et remporte plusieurs prix littéraires en Chine. Les légendes la fascinent : « La France est le pays des contes de fées. Beaucoup d’enfants chinois croient que les fées et les dragons y vivent encore. »

En 2005, après avoir étudié l’anglais, elle a enfin l’occasion de réaliser son rêve : elle obtient un visa étudiant pour partir à Tours apprendre le français et approfondir sa connaissance de la culture française. Son objectif est ensuite de retourner en Chine pour y travailler. La première année, elle suit les cours de français langue étrangère et part en vélo à la découverte de tous les châteaux de la Loire : Chambord, Azay-le-Rideau, Amboise, et son préféré, le Château d’Ussé, qui inspira Charles Perrault pour écrire l’histoire de la Belle au bois dormant… Elle devient une vraie connaisseuse de leurs histoires, de leurs héros réels et légendaires.

Après un an, elle a acquis le niveau de français nécessaire pour s’inscrire à l’université. Elle pense alors faire un choix raisonnable en s’inscrivant dans une école privée d’informatique de niveau master 1, afin d’assurer son avenir professionnel. Mais elle se rend rapidement compte qu’elle a fait un mauvais choix d’orientation et le résultat de ses examens est un échec. En 2007, elle choisit un cursus en sciences de l’éducation à Paris, qui lui correspond davantage, afin de devenir institutrice. Ses professeurs la dissuadent de s’inscrire en master et lui conseillent de commencer par la licence, pour bien maîtriser les bases.

La préfecture estime alors que son changement d’orientation et de niveau équivaut à un « recul » et refuse de lui renouveler son titre de séjour étudiant. Accompagnée par RESF, elle forme un recours. En janvier 2008, celui-ci est rejeté, et elle reçoit en plus une obligation de quitter le territoire.

Yu est très déçue. Ses cours se passent bien, la psychologie la passionne et elle a repris l’écriture. Tous les jours, elle invente avec succès auprès du public chinois des histoires sur un site Internet qui la rémunère. Elle y raconte la rencontre imaginaire entre un dragon français et un dragon chinois : « Les dragons sont des personnages présents dans nos deux cultures. Mais ils sont un peu différents. »

Suite à un nouveau recours, l’obligation de quitter le territoire est finalement annulée par le tribunal administratif, qui demande à la préfecture de réexaminer son cas. Mais, en août 2008, alors que Yu sait qu’elle passe en master et rattrape ainsi son « recul », la préfecture n’en démord pas et continue de lui refuser son visa étudiant, comme elle prend soin de l’expliquer dans une lettre argumentée : « En l’espèce, outre le caractère quelque peu insolite de ses passions pour “les contes de fées” et de son enchantement “de pouvoir apprendre le français dans la région qui symbolise la France dans son esprit : les châteaux de la Loire”, il est constant […] qu’elle a échoué au master européen d’informatique, ce qui traduit, outre une incohérence, un net recul. »

Yu ne comprend pas cette obstination et cette méfiance : « Une fois que j’aurai appris le français, et fini mes études, je veux rentrer. Je ne viens pas pour travailler en France, j’ai mon salaire payé en Chine. Là-bas, je veux être institutrice afin d’avoir du temps pour écrire. » En 2009, deux de ses livres vont être publiés en Chine. Elle aimerait simplement obtenir son visa étudiant pour sortir de ces interminables démarches administratives. Et se plonger sereinement dans les mésaventures du géant Gargantua au pays de l’Utopie, son héros préféré…

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