Saïd

Journaliste, Saïd [1] travaille pour un journal satirique algérien. Au cours des années 1990, pressions et menaces s’accumulent sur l’équipe rédactionnelle. Saïd est arrêté par des policiers, séquestré pendant plusieurs semaines et torturé. Après avoir été relâché, blessé et le visage tailladé, il se cache pendant plus d’un an. Son journal finit par être suspendu par les autorités algériennes. De nouveau menacé, le journaliste se résout à fuir son pays.

Dès son arrivée en France en 1999, Saïd contacte un avocat pour déposer une demande d’asile. Peu compétent en matière de droit des étrangers, l’avocat ne joint pas au dossier l’ensemble des preuves apportées par le journaliste. « Cette première procédure mal faite me poursuivra pendant neuf ans », explique Saïd. Avec l’aide de l’association France Terre d’Asile, il demande l’annulation de sa première demande d’asile, mais cette démarche se solde, en février 2003, par un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière (APRF). Il fait appel. Le tribunal administratif de Paris annule l’APRF en avril 2003, considérant qu’une reconduite de Saïd en Algérie serait une violation de la Convention européenne des droits de l’homme. « Ce danger de mort reconnu aurait logiquement dû me valoir l’asile. Mais la préfecture a refusé de me régulariser au motif que la première demande d’asile que j’avais faite avec l’avocat n’était pas bonne. »

Saïd est donc sans papiers. En mars 2005, il fait l’objet d’un contrôle d’identité dans la rue et se voit aussitôt placé en garde à vue. S’ensuivent un deuxième APRF et un transfert au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot. « C’était abominable, j’avais peur, j’étais entouré de barres de fer, de barbelés comme si j’étais en prison. Du centre, vous voyez les avions qui décollent toutes les minutes, qui vous rappellent que vous allez être expulsé. » Saïd passe quatre jours au centre de rétention avant que le tribunal administratif n’annule une nouvelle fois l’APRF pris à son encontre, considérant qu’il serait en danger de mort s’il était reconduit en Algérie. Il ressort libre, mais n’est toujours pas régularisé.

Il reçoit son troisième APRF en juillet 2006 : « J’ai été arrêté alors que je venais de regarder le match de finale de la Coupe du monde France-Italie avec des amis. Les policiers m’ont amené, menotté, au poste. J’ai passé quarante-huit heures en garde à vue avant d’être placé quatre jours au centre de rétention de Plaisir. » Pour la troisième fois, le tribunal administratif annule l’APRF, et Saïd est à nouveau libéré du centre de rétention.

Trois tribunaux administratifs différents ont donc fait obstacle à l’éloignement de Saïd, mais ces décisions ont été sans impact sur la préfecture. Le 12 juin 2007, son avocat saisit de nouveau la préfecture de police de Paris, sans obtenir de réponse. Saïd bénéficie pourtant de nombreux soutiens, notamment de Reporters sans frontières et de la Cimade. Le 15 juin 2008, il présente une promesse d’embauche en qualité d’agent de surveillance pour une durée indéterminée, en espérant que cela puisse l’aider à obtenir une régularisation.

« À ce jour, la préfecture refuse de me régulariser alors qu’ils ne peuvent pas m’expulser », soupire Saïd. « Et ça fait bientôt dix ans que ça dure. Je me trouve en quelque sorte suspendu dans un temps vide. Parce que je n’ai pas les papiers, je ne peux rien faire. Je sais que je ne serai pas expulsé, mais j’ai toujours peur de la rétention, de me retrouver à nouveau enfermé du jour au lendemain. »

Notes

[1]Le prénom a été modifié.

Récit précédent
Récit suivant
 
Contact
Nous contacter
Lettre d'informations
recevez par mail l'actualité de Cette France-là. S'inscrire.