Sherazade Djhanine

C’est parce qu’elle a eu le courage de demander le divorce que Sherazade Djhanine, algérienne, n’a eu d’autre choix que celui de quitter son pays. Sa situation était, en effet, devenue intenable, la procédure conflictuelle lui ayant attiré les foudres de son ex-mari et de sa belle-famille. Pour mettre fin au harcèlement de ces derniers, en 2002, elle part tenter de construire une nouvelle vie en France. Elle loge dans un premier temps chez sa cousine, à Marseille. Les deux femmes engagent tout de suite les démarches pour que Sherazade obtienne un titre de séjour. Au bout de plusieurs semaines, la réponse tombe : la régularisation est refusée au motif que Sherazade ne s’est pas rendue à une convocation de la préfecture. Convocation qu’elle assure ne jamais avoir reçue. Mais elle ne réussit pas à convaincre la préfecture de sa bonne foi. Elle part alors à Rillieux-la-Pape, près de Lyon, où vit sa tante. Sherazade entame de nouvelles démarches, mais cette banale histoire de courrier la poursuit et demeure une entrave à toutes ses demandes. Elle reste néanmoins chez sa tante, qui est tombée malade et dont elle prend soin.

En 2003, Sherazade rencontre Saïd. Ils se marient et donnent naissance à une petite fille, Céléna. Pendant plusieurs années, le couple construit sa vie de famille et poursuit son intégration. Céléna qui, depuis, a eu un petit frère, Jhilès, entre à l’école. Mais pendant ses premières grandes vacances, le 23 juillet 2007, elle est arrêtée avec sa mère et son petit frère. Tous les trois sont emmenés au centre de rétention de Lyon. Saïd, également sans papiers, a échappé à l’arrestation. Il se cache pour se donner des chances d’oeuvrer, avec RESF, à la libération de sa femme et de ses enfants.

En vain : le maintien en rétention de Sherazade, Céléna (trois ans et demi) et Jhilès (deux ans) est décidé puis confirmé en appel, le 13 août. Quatre jours plus tard, ils sont conduits à Marseille pour embarquer sur un bateau en direction de l’Algérie. Toutefois, le malaise de Sherazade et la présence sur le quai de nombreux militants RESF font échouer l’opération. Entourés de quatre agents de police, la mère et ses deux enfants repartent vers Lyon, dans un fourgon, en plein mois d’août, sur des routes bouchonnées. Sherazade fait des crises d’hypertension, Jhilès tombe malade. De retour au centre de rétention, la mère attendra un médecin toute la nuit pour soigner son fils souffrant d’une forte fièvre. Il ne viendra que le lendemain.

Le répit n’aura été que de courte durée, le 24 août, la famille est expulsée. C’était le dernier jour de la durée légale de rétention. Les deux enfants seront restés enfermés trente-deux jours.

Depuis, Saïd vit toujours caché et fait tout ce qu’il peut pour régulariser sa situation, dans l’espoir de faire revenir Sherazade, Céléna et Jhilès. Il a proposé à sa femme de s’installer dans sa famille à lui, à Constantine, mais Sherazade est perdue, elle ne se sent pas chez elle. Complètement démunie, déprimée, elle passe son temps entre Constantine et Annaba, où vivent des membres de sa famille. Céléna ne va plus à l’école, elle n’a plus de repères, dans ce nouveau pays qu’elle ne connaît pas.

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