Stella Margean

Dans la Roumanie de Ceausescu, il y a trente ans, Stella, ouvrière dans une fabrique de biscuits, épouse son collègue, Marcel, Roumain tzigane. Leurs familles s’opposent farouchement à cette union. « Mais, après huit ans de mariage, Marcel est tombé très malade des reins, et sa mère, qui ne m’avait jamais permis de franchir le seuil de sa porte, a vu à quel point je souffrais pour lui, et elle a eu pitié de ma pitié. Elle m’a enfin acceptée », raconte Stella. Après la chute du régime en 1989, le couple peine à joindre les deux bouts : « Depuis que notre pays est entré en démocratie, il y a beaucoup de chômage. Les étrangers ouvrent des usines avec des machines sophistiquées et ils ont besoin de peu d’ouvriers. »

Les problèmes de santé de Marcel empirent : « Il avait une sonde depuis plusieurs années, mais elle s’était pétrifiée et l’urée était remontée dans son sang. Mais on n’avait pas les moyens de payer l’opération », explique Stella. Lorsqu’ils arrivent en France en 1996, Marcel est au bord de la septicémie. Il est opéré et soigné. Il n’obtient pas de titre de séjour, puisque la préfecture juge que les soins sont accessibles dans son pays. Les Roumains ont le droit de rester sur le territoire français pour des périodes de trois mois au plus. « On traversait la frontière tous les trois mois pour être en règle », affirme Stella. Le couple s’installe dans une baraque, faite de matériaux récupérés, dans le bidonville du Hanul situé entre les rails du RER D et l’A86 en Seine-Saint-Denis. Stella apprend le français grâce à l’association Parada et au contact de Vanina Vignal qui réalise un film documentaire avec elle [1].

Stella assure, seule, le revenu du couple jusqu’en 2005, en mendiant : « Sur une journée de 7 heures du matin à 7 heures du soir, on peut gagner 10-15 euros au métro Oberkampf. J’ai beaucoup souffert, c’est dégradant. Les gens te regardent comme une poubelle. Physiquement aussi, j’ai souffert. Dans le froid et les courants d’air, mes os se sont tassés, j’ai eu une double hernie discale. La France a été à double tranchant pour moi : mon homme a été sauvé, mais ma santé a été détruite. » Stella ne peut plus mendier et le couple n’a aucun revenu. Ils décident alors de regagner la Roumanie, mais la retraite de Marcel ne leur suffit pas pour vivre.

Au 1er janvier 2007, la Roumanie entre dans l’Union européenne, Stella et Marcel reviennent en France et s’installent à nouveau dans le bidonville. « J’ai pensé qu’on pourrait enfin bénéficier d’un droit au travail. Mais non, les Roumains n’ont pas encore les mêmes droits que les autres Européens. C’est discriminatoire », s’étonne Stella. « Je suis allée à l’ANPE. Il y a une liste de métiers qui ouvrent sur une carte de séjour, mais il faut qu’un patron fasse une promesse d’embauche, qu’il attende six mois, et qu’il paye 900 euros. Quel patron fait ça ? Il y a un an, tout ce que j’ai enfin trouvé, c’est deux ou trois heures de ménage, trois jours par semaine, cinq euros de l’heure, au noir. On arrive à peine à survivre avec ça… Moi, je suis prête à faire n’importe quel travail que l’ANPE me proposerait. »

Le 8 juillet 2008, la police délivre des obligations de quitter le territoire à une centaine d’habitants du camp du Hanul, dont Stella et Marcel. Ils décident vite de partir collectivement en Belgique, afin de prouver qu’ils ont quitté le territoire, et ils reviennent en France dans la journée. Stella regrette cette situation qu’elle juge absurde : « Depuis que la Roumanie est dans l’Europe, on a davantage de problèmes qu’avant, les douaniers ne tamponnent plus nos passeports, donc on est sans preuve qu’on est là depuis moins de trois mois, et l’administration peut nous expulser quand elle veut pour faire gonfler les chiffres des expulsions du ministère de l’Immigration. »

Photo : Vanina Vignal

Notes

[1]Stella, un film de Vanina Vignal, © OSTINATI, [stellalefilm.com].

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