Thérèse Kopia

Thérèse Kopia est âgée de soixante-neuf ans. C’est une grand-mère affectueuse qui passe ses journées entourée de ses petits- enfants. Elle souffre d’asthme, de diabète et d’arthrose, mais trouve toujours la force de s’occuper des petits quand ses filles vont travailler. Cela fait cinq années que Mme Kopia a rejoint sa famille. Elle vivait à Bangui, en Centrafrique. En 1996, elle perd son mari. Thérèse est toute seule au pays. Parmi ses six filles, seule Marie Clarisse vit épisodiquement à Bangui ; toutefois, pour des raisons professionnelles, elle passe plus de la moitié de l’année au Gabon. Quant aux cinq autres, elles habitent en France : deux d’entre elles sont françaises, leurs soeurs ont une carte de séjour.

En 2002, Mme Kopia a la douleur d’apprendre la mort de sa fille Gilbertine, qui était atteinte d’un cancer. L’année suivante, Hortense, une autre de ses filles, installée à Istres, accouche de jumeaux. Après ces deux événements, la grand-mère a envie de se rapprocher de ses enfants et de ses dix-neuf petits-enfants. Elle a un visa de trois mois ; elle veut juste voir sa famille  ; elle n’a pas l’intention de rester. Mais, quand ses enfants la voient arriver, malade et affaiblie, ils prennent la décision de ne pas la laisser repartir en Centrafrique où elle peut difficilement se faire soigner et où il n’y a personne pour s’occuper d’elle.

Thérèse Kopia part donc s’installer chez sa fille Emma, à Mainvilliers, dans l’Eure-et-Loir. Ses enfants la prennent entièrement en charge. Ce n’est qu’en mars 2007 que la première demande de régularisation est déposée avec pour motif l’état de santé de la vieille dame. Celle-ci voit sa demande rejetée : on lui oppose qu’elle a la possibilité de se faire soigner dans son pays et qu’elle y a encore des attaches familiales — en l’occurrence Marie Clarisse qui, rappelons-le, demeure la majeure partie de l’année au Gabon, et non en Centrafrique. Mme  Kopia se retrouve donc sous le coup d’une obligation de quitter le territoire.

Trois mois plus tard, le matin du 19 juin, la police débarque dans l’appartement d’Emma. Ils vont vérifier jusque dans le lit du bébé, pour finalement trouver la grand-mère… dans la baignoire. Sortie de la salle de bains sans ménagement, Thérèse Kopia est emmenée immédiatement en centre de rétention et conduite à l’aéroport quarante-huit heures plus tard. Elle rassemble alors toutes ses forces pour résister aux agents de la police aux frontières. Sa famille et des passagers choqués par l’expulsion de cette dame de soixante-neuf ans la soutiennent. Les policiers abandonnent. Mais Mme Kopia est placée vingt-quatre heures en garde à vue et poursuivie pour refus d’embarquement. Elle risque quatre mois de prison.

En septembre, le tribunal de grande instance de Bobigny la relaxe : le juge constate que la préfecture d’Eure-et-Loir a commis « une erreur manifeste d’appréciation au regard du Code de l’entrée et du séjour des étrangers en France » en ne lui délivrant pas la carte de séjour temporaire « vie privée et familiale », qui lui revenait de droit. Thérèse Kopia est libre et espère de nouveau. Une deuxième demande de régularisation est déposée. Mais, le 5 mars 2008, la préfecture lui oppose un nouveau rejet — pour les mêmes raisons que l’année précédente. Elle assure pourtant aux membres de RESF et du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) qu’une nouvelle arrestation n’est pas envisagée. Mais une régularisation non plus. Mme Kopia demeure donc en situation irrégulière. Jusqu’en mai 2008 où la préfecture change d’avis et lui octroie un titre de séjour, après plus d’un an de refus successifs, un enfermement en centre de rétention et une tentative de reconduite à la frontière.

Récit précédent
Récit suivant
 
Contact
Nous contacter
Lettre d'informations
recevez par mail l'actualité de Cette France-là. S'inscrire.