Willy Minlend

Ce mois d’avril 2008, Willy Minlend, dix-neuf ans, a fait une bêtise. Un chapardage dans un magasin de Tours, qui a conduit à son arrestation. L’objet remboursé au commerçant, ce dernier n’a finalement pas porté plainte. Un banal larcin sans conséquence apparente. Seulement voilà, Willy est camerounais et n’a pas de papiers. Et ce n’est pas une sévère réprimande qui l’attend, mais une convocation pour un embarquement immédiat à Roissy, deux ans après avoir posé les pieds sur le sol français.

visa touristique en poche, il a rejoint sa tante à Paris en juillet 2006 puis, quelques semaines plus tard, un oncle à Tours. En Indre-et-Loire, il se scolarise dès la rentrée. Car Willy ne veut pas rentrer au Cameroun. Un pays où il est livré à lui-même depuis trop longtemps : mère décédée alors qu’il n’avait que cinq ans et père absent. Enchaînant les petits boulots, l’adolescent s’est donc débrouillé pour s’offrir un aller simple pour la France, synonyme de nouvelle vie. À Tours, il ne reste pourtant que six mois chez son oncle, avant d’être hébergé par les parents de son amie.

Depuis son arrivée, sa situation financière est précaire, les quelques occasions de travailler au noir dans les restaurants de la ville ne lui rapportent quelques euros par semaine. Peu au fait de la législation en vigueur et mal conseillé par l’assistante sociale de son lycée professionnel, il n’a jamais été pris en charge — bien qu’il fût mineur lors de son entrée en France — par l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Aucune demande de régularisation n’a d’ailleurs été engagée, Willy n’évoque sa situation à personne. Du moins jusqu’à ce fameux mois d’avril 2008, où après son arrestation, il se verra notifier un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière.

Des membres de RESF, de la Cimade et de la Ligue des droits de l’homme, mais également la conseillère principale d’éducation de son lycée, l’aident dès lors à entreprendre les démarches nécessaires. Ils informent notamment l’administration de sa scolarisation, et, médiatisation de l’histoire de Willy aidant, obtiennent de la préfecture, non pas le titre de séjour « étudiant » espéré, mais une autorisation provisoire de séjour (APS) de trois mois. Même si elle lui laisse peu d’espoir d’une issue favorable, le contrat, pour l’administration, est simple : que Willy passe son BEP maçonnerie, ensuite la préfecture avisera. Mal orienté, peu intéressé par cette activité, le jeune homme rate son examen.

Une course contre la montre s’ensuit : Willy, qui a manifestement sa vie ici, doit trouver au plus vite une autre scolarisation, condition sine qua non de toute demande de régularisation. Il parvient à s’inscrire en CAP cuisine, une orientation professionnelle qui lui convient. Il renouvelle, à cette occasion, sa demande de titre de séjour « étudiant ». Requête encore rejetée. À la place, une nouvelle APS, sans la possibilité de travailler — ce qui lui serait pourtant bien utile —, mais avec obligation d’obtenir son examen. Une décision qui court sur six mois… Durée insuffisante pour aller jusqu’au bout de son année scolaire. Willy, qui va bientôt devenir papa d’un petit Français, se prépare donc à une nouvelle demande de prolongement de son titre de séjour. Et après ?

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