Xiaoli Lin

Xiaoli Lin

Âgée de seize ans, elle est la troisième fille de la famille et vit en Chine. Un jour, quelqu’un qu’elle ne connaît pas vient la chercher. Ses parents, sans aucune explication, lui disent qu’elle doit quitter la maison. Elle ne sait pas où elle va. On lui fait prendre l’avion, avec une dizaine d’autres personnes, puis effectuer un voyage de plusieurs jours en camionnette. Enfin, le terme du périple : Paris. Un atelier de couture qui emploie des travailleurs sans papiers.

Enfermée à clé, au sous-sol, dans une pièce sans fenêtre, elle travaille jusqu’à seize heures par jour, subit ordres et insultes. Pendant sept mois, elle ne voit pas la lumière du jour. Jusqu’à ce qu’elle réussisse, avec deux autres jeunes filles, à prendre la fuite. Leur errance les conduit à la gare du Nord où elles prennent un train qui, elles l’espèrent, les emmènera loin de Paris.

Arrivée : Dunkerque. Xiaoli marche longtemps avant de tomber sur un bâtiment dont la devanture porte un mot qu’elle reconnaît, car il est le même qu’en anglais : hôtel de police. En tant que mineure isolée, elle est prise en charge dans le cadre de l’accueil d’urgence. Puis, le 3 septembre 2003, l’Aide sociale à l’enfance (ASE) l’installe dans un foyer pour jeunes mineures.

Là, elle prend des cours de français jusqu’à pouvoir intégrer le lycée professionnel. Inscrite en CAP vente, Xiaoli se fait des amis et est très appréciée de ses professeurs. Elle obtient son diplôme avec plus de 17 de moyenne. Le cursus classique voudrait qu’elle passe en bac pro, mais elle n’a pas l’autorisation de travailler. Malgré une promesse d’embauche et trois offres de contrat d’apprentissage, elle ne peut donc continuer sa formation professionnelle. Patiente, elle s’inscrit en BEP, espérant avoir vite une autorisation de travail et acquérir ainsi un peu d’autonomie. Mais ce qu’elle reçoit, le 25 octobre 2007, c’est une obligation de quitter le territoire. Elle a un mois pour partir.

Grâce à la mobilisation de son lycée et à l’aide de Jean Schepman, conseiller général du Nord, elle est reçue à la préfecture afin de défendre sa cause. Parce que son témoignage est « de nature à permettre le démantèlement d’un réseau de travail clandestin et une filière d’immigration irrégulière », Xiaoli reçoit un titre de séjour provisoire. Reçue par la police aux frontières dans le cadre de l’enquête, elle ne peut malheureusement pas leur apporter les informations qu’ils demandent. Elle ne sait rien, ni qui l’a emmenée en France, ni même où se situe l’atelier dans lequel elle a travaillé, à Paris.

Xiaoli ne reçoit, depuis le 5 décembre 2007, que des autorisations provisoires de séjour de trois mois renouvelables. Celles-ci l’autorisant à travailler, elle a pu trouver un emploi et bénéficie même d’une promesse d’embauche pour un contrat à durée indéterminée. L’engagement de son employeur ne l’aide pourtant pas à obtenir de la préfecture une situation administrative plus stable. Le préfet n’a jamais envisagé sa régularisation, au motif qu’elle aurait gardé de fortes attaches avec son pays d’origine et sa famille. Or, elle n’en a aucune. Depuis qu’elle a quitté la Chine, il y a six ans, Xiaoli n’a eu aucun contact avec ses parents. Elle considère qu’ils l’ont abandonnée. Elle a surtout peur de ce qui pourrait lui arriver là-bas, vu qu’elle s’est échappée de l’atelier. Les deux jeunes filles avec lesquelles elle s’est enfuie ont toutes deux reçu une carte de séjour longue durée. Mais pas Xiaoli. Aujourd’hui, elle attend. Elle ne veut pas se faire remarquer, ne demande rien à personne ; son seul cri : « Je préfère mourir en France que retourner en Chine. »

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