Youness El Mansoury

Youness El Mansoury est né à Taounet, au Maroc, en 1986. Il y a vécu toute son enfance avec sa mère et ses soeurs, mais, en 1999, quand sa mère tombe malade, il débarque en France, pour rejoindre son père, ouvrier agricole en Provence depuis trente-cinq ans. Dans le village de Sarrians, il participe activement au club des adolescents : pour beaucoup, il joue un rôle de grand frère. Après ses années de collège à Monteux, faute de papiers, il doit renoncer à un BEP de mécanique. Pourtant, le patron du garage dans lequel il a trouvé un emploi le garde plus d’un an à son service : Youness est doué pour la mécanique. Mais il ne peut bénéficier du regroupement familial, pour la préfecture, sa famille est au Maroc. Il ne suffit donc pas que son père habite en France, il faudrait que sa mère et sa dernière soeur, encore mineure, les rejoignent. Mais leur dossier est également rejeté : les revenus du père de Youness sont jugés insuffisants, et son logement n’est pas aux normes.

Il rencontre Gwendoline, avec qui il emménage en 2006. Les parents de celle-ci, Nathalie et Jean-Marc Fournier, parlent d’une « belle histoire d’amour ». Cette famille lui accorde un soutien sans faille. Youness bénéficie maintenant d’un CDD, dans l’agriculture, et son employeur lui promet un CDI dès qu’il sera régularisé. Mais ses demandes de régularisation continuent d’être rejetées. Convoqué en préfecture le 3 avril 2007, il y croit pourtant : rien ne manque à son dossier. Mais, début juin, lui est notifiée l’obligation de quitter le territoire dans un délai d’un mois. Le 24 juillet 2007, plusieurs voitures de gendarmerie investissent le village de Sarrians, d’autres se rendent sur son lieu de travail et chez son père. Averti par des proches, il reste introuvable et, depuis lors, vit caché ; il ne peut donc plus travailler.

Le 16 février 2008, un parrainage républicain est organisé en mairie de Sarrians, « en présence de nombreux élus (maires, conseillers municipaux, conseillers généraux), ainsi que d’une foule d’anonymes ». « Salle comble », titre La Provence. « Ça remonte un peu le moral », déclare Youness. Car le 12 février, le tribunal administratif de Nîmes vient de rejeter une nouvelle fois sa demande de régularisation pour « vie privée et familiale », malgré son père qui vit toujours en France, et sans tenir compte des éléments nouveaux dans son dossier : la promesse d’embauche en CDI et la déclaration de concubinage avec Gwendoline. Il n’aurait qu’à rentrer au Maroc…

Youness, aidé par la famille de sa compagne, a fait appel du jugement. Et le 12 juillet, le jeune couple s’est pacsé. Cette nouvelle étape dans la vie de Youness a été communiquée à la justice. « Parler de pièces jointes à un dossier pour parler d’une histoire d’amour entre deux jeunes me paraît irréel, et pourtant… », se désole Nathalie, la mère de Gwendoline. Toute la famille de la jeune fille vit avec Youness dans la peur d’une arrestation et d’une expulsion. Cela fait maintenant neuf ans qu’il vit en France et que, par crainte de ne jamais pouvoir revenir, il n’a pas pu rendre visite à sa mère, au Maroc. Youness est entré en France à l’âge de treize ans et deux mois. S’il était arrivé deux mois plus tôt, il paraît que sa régularisation n’aurait posé aucun problème.

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