Francis Idrac

Depuis le 30 juin 2005 : préfet de Gironde, préfet de la région Aquitaine

Le 12 septembre 2007, Francis Idrac fait partie des quelque vingt préfets que Brice Hortefeux convoque au ministère de l’Immigration pour leur signaler l’insuffisance de leurs résultats en matière de reconduites à la frontière. « Nous allons nous employer à revenir à un rythme conséquent » [1], déclare le préfet de Gironde après la réunion.

La première à subir les répercussions girondines du rappel aux chiffres lancé par le ministre sera la députée socialiste Michèle Delaunay. Dès le lendemain, Francis Idrac lui envoie un fax pour lui reprocher de s’être engagée à parrainer un étranger en situation irrégulière. Il s’agit de Bilal Sahin, jeune Kurde originaire de Turquie. Âgé de vingt-quatre ans, Bilal souffre des séquelles de tortures qu’il a subies en Turquie. Aussi bénéficiait-il, depuis son arrivée en France en 2002, de titres de séjour provisoire pour raisons de santé. Toutefois, sa dernière demande de renouvellement lui a été refusée et, le 24 août 2007, la préfecture de Gironde lui a notifié une obligation de quitter le territoire français (OQTF). « Il a un travail, paye ses impôts en France, s’est parfaitement intégré et lit même Les Misérables de Victor Hugo. C’est une erreur de le renvoyer » [2], estime alors la députée socialiste qui, pour protéger le jeune homme, décide de le parrainer. Soucieux de dissuader l’élue, Francis Idrac insiste dans son fax sur les peines encourues par « toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d’un étranger en France » [3] — soit cinq ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. En vain : le 14 septembre 2007, Michèle Delaunay devient la marraine républicaine de Bilal. Et, en dépit de son acte de défiance, le préfet n’engagera aucune poursuite contre elle.

Pour autant, l’engagement pris par Francis Idrac de « revenir à un rythme conséquent » d’éloignements survivra à cette première velléité. Lors de ses voeux aux forces de sécurité, le 18 janvier 2008, le préfet confirme que la lutte contre l’immigration clandestine « restera une priorité ». Il indique qu’au cours de l’année écoulée 495 étrangers ont fait l’objet d’une mesure d’éloignement, « ce qui est au-dessous de l’objectif qui était fixé en 2007 à 592 expulsions ». Francis Idrac précise que, comme l’a « très justement indiqué » Brice Hortefeux, l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Union européenne a rendu difficile la reconduction des chiffres réalisés en 2006. Difficulté particulièrement marquée en Gironde, selon lui, où les reconduites à la frontière des étrangers originaires de ces deux pays représentaient « 73% des éloignements contre 25% au niveau national ».

Le préfet ne remet pourtant pas en cause l’action des forces de l’ordre dans le domaine de la lutte contre l’immigration clandestine, puisqu’il annonce que le nombre des interpellations d’étrangers en situation irrégulière a quant à lui « dépassé l’objectif initial ». Seulement, déplore-t-il, ce bon résultat « n’a pas eu toutes les suites utiles en raison d’autres causes d’échec à l’éloignement ». Parmi elles, l’absence de laissez-passer consulaires, la non-présentation à l’embarquement et certaines décisions judiciaires « que je ne commenterai pas », lâche Francis Idrac. Pour surmonter ces contrariétés, le préfet demande à tous ses subordonnés « d’intensifier leurs efforts et [de] rechercher la meilleure efficacité de ces efforts ». À cette fin, il signale notamment que la brigade mobile de recherche de la PAF comptera désormais 24 agents contre 18 en 2007 et 13 en 2006.

Les efforts demandés par le préfet semblent avoir porté leurs fruits, puisque, lors de la « conférence de presse sécurité » où le bilan du premier semestre 2008 était présenté, la préfecture annonçait 310 reconduites à la frontière en six mois — dont 169 vers la Roumanie et la Bulgarie — contre 495 pour toute l’année 2007. En parallèle, le nombre de régularisations au titre de la vie privée et familiale est demeuré à peu près stable : 461 titres ont été délivrés entre janvier et juin 2008, contre 1 048 pour toute l’année 2007.

En Gironde, en effet, et à la différence d’autres départements, les cibles principales du combat préfectoral contre l’immigration clandestine ne sont pas les familles en situation irrégulière. Le centre de rétention de Bordeaux, situé au sous-sol de l’hôtel de police, ne compte que 24 places et n’abrite généralement que des hommes seuls. Il reste que leur présence en rétention n’est pas toujours conforme au droit. Ainsi, en septembre 2007, la Ligue des droits de l’homme et RESF dénonçaient l’arrestation de quatre mineurs isolés et l’enfermement de trois d’entre eux au centre de rétention de Bordeaux. Ils y avaient été placés à la suite de tests osseux et dentaires qui les avaient déclarés majeurs [4].

L’un d’entre eux, Driss Mohamed Saby, d’origine irakienne, né le 19 septembre 1990, a été maintenu en rétention pendant quinze jours par le juge des libertés et de la détention. Quant à Tarik Fawak, seize ans, il avait produit un acte de naissance envoyé du Pakistan qui stipulait qu’il était né le 28 décembre 1990. Toutefois, la préfecture et la justice l’ont déclaré majeur sur la base de tests osseux. Il a été frappé d’une mesure de reconduite à la frontière et maintenu plusieurs jours en rétention. D’après RESF, Tarik aurait été soumis à deux examens médicaux : le premier évaluait à dix-huit ans l’âge du jeune homme, le second estimait qu’il avait trente ans. Enfin, Ahmad Fawad, dix-sept ans, est lui resté enfermé au centre de rétention de Bordeaux pendant cinq jours avant d’être libéré en raison d’une erreur de procédure.

Ce centre a également fait parler de lui pour une autre raison : en début d’année 2008, quatre retenus ont tenté de se suicider. Avant eux, le 12 juin 2007, un Marocain âgé de vingt-sept ans qui venait de se voir délivrer le laissez-passer autorisant sa reconduite à la frontière s’était pendu avec une serviette dans les douches du centre. Il avait été retrouvé mort. Pas plus Francis Idrac que ses services n’ont réagi officiellement à ces événements. En novembre 2007, après une visite du centre de rétention, Michèle Delaunay rapporte sur son blog qu’elle a découvert l’existence d’une cellule d’isolement à l’intérieur des locaux. Lorsqu’elle a interrogé l’administration à ce propos, on lui a répondu que le but de cette installation était d’éviter le transfert vers le centre de rétention de Toulouse des retenus violents ou menaçants de se suicider [5].

En janvier 2008, Francis Idrac a déclaré : « Parce qu’elle s’accompagne de travail illégal et de trafics de toutes sortes, l’immigration irrégulière est une atteinte à la cohésion sociale et à la dignité humaine. » [6]

Photo : Mychele Daniau/AFP

Notes

[1]20 Minutes, édition Bordeaux, 21 septembre 2007.

[2]Idem.

[3]Article L 622-1 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

[4]voir « La technologie du soupçon », p. 157.

[5]michele-delaunay.net Visite au centre de rétention administrative de Bordeaux, 20 novembre 2007.

[6]Discours prononcé le 18 janvier 2008 lors des voeux aux services de sécurité.

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