Jacques Laisné

Depuis le 9 juillet 2007 : préfet du Var

L’objectif fixé par le ministère de l’Immigration pour l’année 2007 dans le département du Var était de 240 reconduites à la frontière effectives. L’objectif a été largement atteint par la préfecture puisqu’elle affiche 282 éloignements à son compteur. Jacques Laisné, le préfet, est satisfait du résultat de son administration : « Dans ce département, nous avons atteint et même assez nettement dépassé les objectifs qui nous avaient été fixés. Nous le faisons humainement mais sans états d’âme, en application de la loi. » [1] Parmi ces 282 reconduites à la frontière réalisées par la préfecture du Var, 67 ont pris la forme de retours volontaires — il s’agit en majorité de ressortissants roumains ou bulgares : « Tous ont eu droit à un pécule et à des vêtements occidentaux qu’ils souhaitaient obtenir pour rentrer chez eux de façon digne. voilà une affaire correctement conclue » [2], se félicite Jacques Laisné.

Pour atteindre l’objectif chiffré du ministère, en novembre 2007, une « brigade des étrangers » a été créée au sein de la sûreté départementale du Var. « Composée de quatre fonctionnaires, elle génère un nombre important de gardes à vue : environ une soixantaine en un mois et demi, même si toutes n’engendrent pas une reconduite à la frontière. Ces collègues, trop peu nombreux et manquant de moyens, sont déjà débordés par le travail » [3], indique le syndicat Alliance. Un mois plus tard, c’est la Direction départementale de la sécurité publique qui met en place une messagerie Internet afin de permettre aux citoyens de dénoncer méfaits et délits par l’envoi de textes, photos ou vidéos. Interrogé par l’Agence France-Presse (AFP), Jacques Laisné n’a pas souhaité s’exprimer « sur ce sujet qui concerne un procédé interne à la police ». Suite à la polémique, l’initiative a néanmoins été suspendue.

Mais ce sont également des éloignements expéditifs que la préfecture met en place pour augmenter le nombre des reconduites à la frontière. Le 30 novembre 2007, Bing Jiang, vingt-neuf ans, Chinoise étudiant à l’université de Toulon depuis 2004 et titulaire d’un diplôme de master 2 « entreprise et développement local », est interpellée au sein même de la préfecture du Var. Elle était venue d’elle-même dans les locaux de l’administration pour se renseigner sur l’évolution de sa demande de renouvellement de carte de séjour « étudiant ». Seulement, elle était sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), notifiée par le préfet le 15 octobre. Bing Jiang assure pourtant n’avoir jamais reçu ce document : c’est précisément parce qu’elle ignorait se trouver dans l’illégalité qu’elle s’est rendue de son plein gré à la préfecture. Placée en rétention immédiatement après son interpellation, la jeune femme a été expulsée quarante-huit heures plus tard. Elle n’a pas eu la possibilité d’intenter un recours. Interrogé sur cette expulsion, Jacques Laisné n’a pas souhaité « communiquer sur un cas individuel par discrétion et dans le souci de préserver la dignité de la personne » [4]. Il a toutefois précisé à la presse que la décision de notifier une OQTF à l’encontre de l’étudiante « a été prise après un examen très attentif du dossier ». La préfecture a estimé qu’il existait, « dans le parcours scolaire et universitaire, une absence de résultats, de progression et de cohérence dans le cursus universitaire et les études suivies » [5]. Après l’obtention de son master, Bing Jiang s’était inscrite en CAP pâtisserie en alternance afin de pouvoir, forte de ses deux formations, ouvrir une entreprise de pâtisserie dans la région.

C’est également en l’espace de quarante-huit heures qu’Imane Razouani, Marocaine âgée de dix-neuf ans, a été interpellée au saut du lit et expulsée du territoire. Elle vivait à Draguignan depuis l’âge de treize ans avec son père, titulaire d’une carte de séjour de dix ans, à qui sa garde avait été confiée. Dans l’avion qui la renvoyait au Maroc, le 26 octobre 2007, plusieurs autres Marocains sans papiers étaient également présents. La planification de reconduites à la frontière extrêmement rapides permet au préfet du Var d’empêcher la mobilisation des associations, voire la médiatisation des cas, et de mener ainsi sa lutte contre l’immigration irrégulière avec un surcroît d’efficacité.

Le zèle de Jacques Laisné s’était déjà fait remarquer alors qu’il était préfet de l’Eure [6], notamment avec la notification d’un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière (APRF) à l’encontre d’Augusto Da Silva. Cet ancien député socialiste de Guinée-Bissau avait dû fuir son pays après le coup d’État militaire de septembre 2003. Interpellé lors d’un contrôle routier, il s’était vu aussitôt notifier cet APRF. Augusto Da Silva vivait réfugié en France depuis quatre ans avec ses quatre enfants : trois d’entre eux scolarisés au collège et au lycée, et son fils aîné, jeune majeur paraplégique. Les collectifs locaux avaient alors adressé au préfet quatre demandes d’audience afin de défendre le cas de cette famille ; il n’y avait pas répondu.

En juin 2007, peu avant son changement d’affectation, Jacques Laisné a décidé d’une procédure d’éloignement à l’encontre d’Hermine Chazarian : son fils âgé de quatre ans, scolarisé, et son bébé d’un an ont été enfermés, avec elle, quinze jours en centre de rétention, avant d’être reconduits vers l’Azerbaïdjan. Pour Jacques Laisné, « aucun pays civilisé ne peut abandonner la maîtrise de ses frontières » [7].

Notes

[1]Var matin, 1er janvier 2008.

[2]Idem.

[3]Var matin, 11 février 2008.

[4]Var matin, 4 décembre 2007.

[5]Idem.

[6]De juillet 2004 à juillet 2007.

[7]Var matin, 1er janvier 2008.

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