Pierre de Bousquet de Florian

Du 16 juillet 2007 au 7 janvier 2009 : préfet des Hauts-de-Seine

L’arrivée de Pierre de Bousquet de Florian à la tête du département des Hauts-de-Seine n’a pas été unanimement [1] interprétée comme l’effet d’une promotion. D’aucuns ont même vu une forme de punition présidentielle dans cette nomination. Car, avant de s’occuper du département le plus riche de France, Pierre de Bousquet de Florian était chef de la Direction de la surveillance du territoire (DST) et, à ce titre, il avait eu quelque implication dans l’affaire Clearstream, dont Nicolas Sarkozy ne garde pas un bon souvenir. Mais quel qu’ait été le motif de sa nouvelle affectation, il n’est pas douteux qu’après cinq ans passés dans l’atmosphère feutrée des services du contre-espionnage français, la gestion de la préfecture des Hauts-de-Seine, où les files d’attente au bureau des étrangers sont parmi les plus longues de France, a constitué un réel changement de registre pour le nouveau préfet.

Lorsqu’il prend son poste, le 16 juillet 2007, Pierre de Bousquet de Florian hérite en effet d’une situation compliquée. Les conditions d’accueil des étrangers de la préfecture de Nanterre sont déplorables. Dans son rapport d’observation, la Cimade dénonce le manque de moyens, de personnels, de locaux adaptés ainsi que la lenteur dans le traitement des dossiers [2]. Tous les jours, à l’entrée de la préfecture, les étrangers venus pour déposer les pièces nécessaires ou demander des informations sur l’état d’avancement de leurs dossiers attendent dans une queue qui se forme dès 5 heures du matin, sans assurance d’être reçus dans la journée. Le préfet doit également faire face à la fronde concertée des élus de gauche de son département et des associations de soutien aux sans-papiers : car non contents d’inonder le fax et la boîte mail de la préfecture de demandes de régularisation ou de libération d’étrangers retenus, les membres de cette coalition politico-associative organisent régulièrement des cérémonies de « parrainage républicain » d’étrangers en situation irrégulière.

D’emblée, Pierre de Bousquet de Florian entreprend de mettre un terme aux pressions que subissent les services préfectoraux dont il a la charge. Par courrier, il rappelle à l’association des maires du département que les parrainages républicains contreviennent à la loi sur l’entrée et le séjour des étrangers, et prévient que, s’ils persistent, il n’hésitera pas à saisir le procureur de la République afin d’engager des poursuites. « Je suis de ceux qui préfèrent prévenir avant d’agir », déclare le préfet [3]. Toutefois, les efforts qu’il déploie pour faire obstacle à la contestation que la politique d’immigration décidée par l’Élysée suscite dans son département ne suffiront pas à lui éviter de figurer parmi les préfets que Brice Hortefeux convoque, le 12 septembre 2007, pour leur signifier qu’en matière de reconduites à la frontière les performances de leurs départements laissent à désirer.

Pour sa part, le préfet des Hauts-de-Seine va s’efforcer de remédier aux carences pointées par le ministre de l’Immigration. En témoigne la note interne reçue par les services du bureau des étrangers de la sous-préfecture de Nanterre, le 28 février 2008, où il leur est demandé de procéder à l’interpellation systématique des étrangers sous le coup d’une procédure de reconduite à la frontière lorsque ceux-ci se présenteront à leur guichet [4]. Cependant, cette initiative — qui s’inspirait pourtant des directives contenues dans une circulaire ministérielle datée de février 2006 et notamment signée par le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy — n’a pas contribué au crédit de Pierre de Bousquet de Florian auprès de Brice Hortefeux. Au contraire, l’indignation suscitée par la publication dans la presse du contenu de la note a contraint le ministre à déplorer que le département des Hauts-de-Seine demeure l’un des seuls où les étrangers en situation irrégulière sont encore arrêtés lorsqu’ils viennent régulariser leur situation en préfecture, et à exiger de son préfet que cessent immédiatement ces interpellations jugées « déloyales » [5]. En revanche, le ministre n’a pas estimé nécessaire de dénoncer la décision de la même préfecture de refuser, à partir du 11 mars 2008, les dossiers envoyés par la poste, et de réduire considérablement les heures d’ouverture et le nombre de personnes reçues par le bureau des étrangers. Décision qui a pourtant contribué à dégrader davantage les conditions d’accueil déjà difficiles.

Il serait pourtant injuste de réduire l’action de Pierre de Bousquet de Florian au zèle maladroit dont il a fait preuve lors de l’épisode de la note de Nanterre. Car, par ailleurs, le préfet a su faire preuve de diligence, mais aussi de souplesse, s’agissant des travailleurs sans papiers qui se sont mis en grève en avril 2008. En effet, de tous les dossiers de grévistes déposés dans les préfectures du pays, les trois premiers qui ont débouché sur une régularisation ont été ceux des salariés du Café de la Jatte, un établissement où Nicolas Sarkozy avait ses habitudes lorsqu’il était maire de Neuilly et président du conseil général des Hauts-de-Seine. Lorsqu’un journaliste l’informe que sa préfecture est citée en exemple par la CGT pour la rapidité de traitement des dossiers, le préfet de Bousquet de Florian explique : « Plusieurs dossiers, sur l’île de la Jatte ou encore à Colombes, contenaient des situations dignes d’être régularisées. Les personnes se trouvaient depuis longtemps sur le territoire national, depuis longtemps chez le même employeur. » [6] Mais il tient à préciser : « Je ne suis pas là pour être cité en exemple par la CGT, mais pour faire respecter le droit. Reste que si les dossiers sont bons, rien ne sert de faire lanterner les gens. »

La même bienveillance n’a pourtant pas été prodiguée aux sans- papiers qui occupaient, depuis le mois d’avril 2008, l’église Saint-Paul de Nanterre. Après un bras de fer de plusieurs mois, les 58 occupants, parmi lesquels des travailleurs et des familles, ont été contraints de quitter les lieux. Fidèle à sa méthode — prévenir avant d’agir —, le préfet leur a clairement signifié qu’il ferait appel aux forces de l’ordre pour faire respecter la procédure d’expulsion amorcée par l’évêque. La plupart des expulsés n’ayant plus d’autres points de chute, ils ont décidé d’installer des tentes sur la pelouse à proximité du parking de l’église. Dans l’attente d’un geste de la préfecture, ils continuent donc à « lanterner ».

Photo : Valery Hache/AFP

Notes

[1]Le Point, 2 août 2007 ; bakchich.fr, 14 novembre 2007.

[2]voir « Libertés en cascade », p. 177.

[3]Le Monde, 13 septembre 2007.

[4]voir « L’appréciation du préfet », p. 160.

[5]bakchich.fr, 18 mai 2008.

[6]Le Parisien, 25 mai 2008.

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