Les anticipations de l’éloignement

la rétention administrative

 Investir plus pour retenir plus

Pour se donner les moyens de ses ambitions rétentionnaires, le gouvernement a dû procéder à des investissements importants. Au 1er janvier 2007, on comptait déjà 1 693 places de rétention contre 969 en 2004, soit une augmentation de plus 40% [3]. Mais la tendance s’est encore nettement accentuée depuis lors : plusieurs nouveaux centres ont en effet été ouverts au cours de l’année 2007 — à Nîmes-Coubressac, Rennes-Saint-Jacques-la-Lande et Metz
— , tandis que d’importants travaux ont été engagés pour agrandir le CRA du Mesnil-Amelot, à proximité immédiate de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Si l’on en croit les chiffres annoncés lors de l’appel d’offres, pas moins de 35 millions d’euros vont être investis pour augmenter de 240 places la capacité d’accueil de ce CRA, qui en compte aujourd’hui 140.

Parallèlement, le nombre de centres de rétention habilités à recevoir des familles est passé de sept à onze, entre mars et novembre 2007, ce qui a évidemment nécessité des dépenses d’aménagements supplémentaires. Au total, les sommes investies dans les centres de rétention — celles qui doivent permettre d’augmenter leur capacité d’accueil et celles qui visent l’élargissement des publics susceptibles d’être retenus — représentent près de 270 millions d’euros dans le budget 2007, dont 48,5 millions d’euros destinés à la construction des nouveaux bâtiments [4].

Enfin, toujours en 2007, des sommes importantes ont été consacrées au fonctionnement des CRA — même si leur coût exact s’avère difficile à estimer. L’indicateur sur le coût moyen d’une rétention administrative, mis en place dans le cadre de la nouvelle loi organique relative aux lois de finances (LOLF), ne prévoit sans doute qu’une somme de 1000 euros [5]. Toutefois, la tarification des heures que les fonctionnaires de police et de gendarmerie consacrent à la rétention n’est pas prise en compte dans ce chiffre. Or, en mai 2006, avant que soient entrepris les efforts mentionnés ci-dessus, pas moins de 890 policiers et gendarmes étaient déjà affectés aux CRA. Selon l’administration elle-même, l’État dépenserait donc entre 74 000 et 190 000 euros par an pour une place en rétention [6].

Notes

[3]Cimade, « Centres et locaux de rétention administrative », rapport 2007.

[4]Damien de Blic, « Sans-papiers : l’autre « chiffre » de la politique d’expulsion », Mouvements, mars 2007.

[5]Annexe du projet de lois de finances 2008, « Immigration, asile et intégration ».

[6]Cité dans les décisions du Conseil de modernisation des politiques publiques (CMPP) du 4 avril 2008.