Les évaluations de la police

motivation et diligence en milieu policier

Indices de la réceptivité policière

Parce qu’aussi bien l’introduction de la culture managériale dans l’évaluation des services de police que l’établissement et l’affichage d’objectifs chiffrés en matière d’éloignements sont relativement nouveaux, il importe de s’interroger sur leur aptitude à modifier les comportements des agents sur le terrain. À cet effet, un bon indice de la réceptivité des policiers, tant au « nouveau management de sécurité » qu’à la pression exercée par le ministère de l’Immigration, peut être trouvé dans la répartition de l’activité policière au cours de l’année. Ainsi, si l’on considère les chiffres de 2007, la comparaison entre les faits constatés et élucidés au premier et au second semestres révèle un contraste significatif : alors que, toutes infractions confondues, les élucidations se répartissent équitablement d’une moitié de l’année à l’autre, en revanche, la résolution d’infractions aux conditions générales d’entrée et de séjour des étrangers accuse une augmentation de 26 % au second semestre. Or, dans la mesure où les services de police conservent des moyens constants au cours de l’année — et sauf à imaginer une improbable arrivée massive d’immigrés clandestins entre juillet et décembre —, ce brutal accroissement des interpellations de sans-papiers doit manifestement être rapporté à l’incidence de l’objectif annuel chiffré — et donc des efforts nécessaires pour l’atteindre — sur l’organisation du travail policier.

Si la comparaison par semestre rend bien compte de l’efficacité du dispositif général de motivation et d’évaluation des services de police, pour sa part, l’évolution mensuelle de l’activité policière, établie à partir des données fournies par la Direction centrale de la police judiciaire et de la gendarmerie, montre que les forces de l’ordre ne sont pas moins sensibles aux instructions spéciales de leur hiérarchie. Ainsi peut-on constater que la part des délits relatifs au séjour irrégulier dans l’ensemble des infractions constatées et élucidées a diminué au mois d’avril 2007, mais aussi qu’elle a atteint l’un de ses plus hauts niveaux au mois d’août de cette même année. Or, avril 2007 ne marque pas seulement la fin de la campagne présidentielle, c’est également une période qui fait suite à l’émotion soulevée, fin mars, par l’interpellation particulièrement mouvementée — et médiatisée — d’un grand-père chinois venu attendre sa petite-fille devant l’école maternelle de la rue Rampal à Paris. Aussi peut-on conjecturer que les autorités gouvernementales et préfectorales ont demandé aux forces de l’ordre de modérer temporairement leurs ardeurs, au moins jusqu’à l’élection de celui qui était encore très récemment ministre de l’Intérieur. Cette hypothèse est confortée par le fait que le mois d’avril est celui au cours duquel il y a eu, en valeur absolue, le moins d’interpellations d’étrangers en situation irrégulière. Quant au mois d’août, il correspond à cette époque estivale dont on a vu qu’elle était considérée par les donneurs d’ordres et d’objectifs comme la période la plus propice aux interpellations des sans-papiers — du fait de la relative absence de leurs soutiens associatifs [7]. Bref, mensuelles ou semestrielles, les statistiques témoignent bien de la sensibilité des forces de police aux techniques de motivation et d’évaluation qui s’appliquent désormais à leur travail.

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Part des infractions à la police des étrangers dans l’ensemble des infractions élucidées en 2007

Notes

[7]Sans doute pourrait-on s’étonner du relatif reflux du nombre des infractions au séjour régulier « élucidées » en décembre : ne s’agit-il pas du mois de la dernière chance pour atteindre les objectifs fixés ? Ce fléchissement trouve néanmoins une explication simple, à savoir la réduction des effectifs policiers pendant la période des fêtes.